Muse de Meta crée des profils détaillés d’amis, famille et collègues
Meta affirme que son assistant Muse génère automatiquement une page dédiée à chaque personne mentionnée, en consignant faits, objectifs communs et conversations en cours, en n’utilisant que des données publiques et les informations fournies par l’utilisateur.

Lors d’une conversation ordinaire avec Muse, le chercheur Karan Joshi a pu voir les instructions internes qui régissent la façon dont l’assistant organise sa mémoire. L’extrait confirme que Muse crée une page distincte pour chaque individu référencé par l’utilisateur, qu’il s’agisse de membres proches de la famille, de connaissances occasionnelles ou même de comptes suivis sur les réseaux sociaux.
La déclaration publique de Meta présente la fonctionnalité comme un outil de transparence. Selon l’entreprise, chaque utilisateur peut accéder à ces pages, qui sont censées offrir une vue claire de ce que l’IA sait des personnes mentionnées dans les conversations.
Structure des pages générées automatiquement
Chaque page est divisée en plusieurs sections. La zone « Faits » recense les données vérifiables comme les dates de naissance ou les postes publiquement connus. La section « Historique » indique le moment où la personne a été mentionnée pour la première fois et les mises à jour ultérieures. Le champ « Relation » décrit le lien entre l’utilisateur et l’individu, tandis que « Points communs » regroupe les intérêts, projets ou objectifs partagés.
Un segment « Discussions en attente » signale les sujets soulevés mais non résolus, et la partie « Moyens de renforcer le lien » propose des actions que l’utilisateur pourrait entreprendre, par exemple envoyer un message de félicitations à l’occasion d’un jalon. Il est important de noter que le système est programmé pour laisser un champ vide plutôt que d’inventer une information lorsqu’une donnée manque.
Sources de données et mécanismes d’isolation
Meta affirme que Muse puise exclusivement dans deux sources : les informations accessibles au public et les données que l’utilisateur fournit explicitement lors des interactions. Pour éviter toute contamination entre utilisateurs, chaque instance de Muse fonctionne dans une machine virtuelle dédiée, inaccessible aux autres agents ou utilisateurs.
L’entreprise met également en avant les contrôles utilisateur. Les utilisateurs peuvent supprimer toute mémoire stockée, déconnecter Muse des services externes, et doivent confirmer les actions telles que l’envoi d’un e‑mail ou la réalisation d’un achat. Toutes ces opérations sont consignées, offrant une traçabilité qui peut être examinée par le titulaire du compte.
Critiques et enjeux de confidentialité
Les défenseurs de la vie privée se concentrent sur le profilage indirect de tiers qui n’ont jamais interagi avec Muse. Parce que l’assistant agrège des données sur les personnes mentionnées par un utilisateur, ces individus peuvent se voir attribuer un dossier détaillé sans avoir donné leur consentement ou même être informés de la collecte.
- Risque d’informations inexactes ou obsolètes
- Absence de consentement direct des personnes profilées
- Possibilité d’abus pour de la publicité ciblée ou de la manipulation
- Difficulté pour les tiers de demander la suppression ou la correction
L’article de Wired publié le 5 octobre 2026 indique que la création automatique de ces pages pourrait engendrer des « profils fantômes » qui étendent l’écosystème de données de Meta au‑delà de la base d’utilisateurs initiale. Le texte de Next, daté du 6 octobre 2026, ajoute que le volume considérable de détails personnels stockés pourrait submerger la capacité des utilisateurs à gérer ou auditer l’information.
La réponse de Meta souligne que la fonctionnalité est optionnelle et que les utilisateurs conservent un contrôle total sur la suppression et la déconnexion. Néanmoins, l’entreprise n’a pas mis en place de mécanisme permettant aux personnes décrites dans les pages de demander leur retrait, une lacune que les régulateurs sont susceptibles d’examiner de près.
Pour les organisations francophones, l’impact pratique est double. D’une part, les politiques internes doivent prendre en compte le fait que l’usage de Muse par un collaborateur peut créer involontairement des profils de clients, partenaires ou concurrents, exposant l’entreprise à des responsabilités en matière de protection des données. D’autre part, les journaux d’audit et les outils de suppression offrent aux services informatiques un moyen concret de démontrer la conformité, mais ils nécessitent des procédures claires afin que toute donnée tierce soit traitée conformément au RGPD, à la loi française sur la protection des données et aux cadres similaires.
Sources
- Muse creates detailed profiles of all your friends and familyWIRED · 5 octobre 2026
- Meta Muse se souvient de beaucoup de choses sur l’utilisateur, mais aussi ses prochesNext · 6 octobre 2026



